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CONFUSION, PASSION, INCOMPREHENSION ET EXCLUSION

Lorsque l’on est très compétent dans un domaine et que l’interlocuteur n’a pas les mêmes aptitudes, on peut passer pour un être suffisant. Cette confusion peut conduire à être taxé d’outrecuidance alors que vous n’avez rien provoqué. Ce qui était au départ un simple rapport de camaraderie peut dégénérer et devenir conflictuel. L’exclusion et le rejet découlent de ce genre de situation. Je pensais souvent avoir raison, mais ma constante opposition avec les autres finissait par me gêner. J’en ai beaucoup souffert et même en le comprenant, il est difficile de se détendre en pareilles circonstances. Un Aspie préfère s’isoler et retrouver ses repères à l’écart, avec ses journaux, son ordinateur ou encore une autre personne apte à le comprendre. C’est ce que j’ai toujours fait, évitant petit à petit de me joindre aux autres dès l’instant où je pensais que nous n’allions pas nous entendre.

Quand un Aspie veut essayer de convaincre, il ne cesse de se voir couper la parole avant de pouvoir aller au bout de son raisonnement : ce qui est très énervant pour lui. Le problème du passionné est qu’il ne maîtrise pas l’art de la concision. Voulant tout expliquer, il veut tellement être précis qu’inévitablement il s’éternise sur son sujet et fatigue son interlocuteur qui, la plupart du temps, perd le fil de la conversation. Il en ressort un dialogue impossible qui irrite les uns et les autres et qui conduit à ce qu’ils cessent de communiquer. C’est la base d’une exclusion !

Les journalistes me haïssaient et c’était réciproque ! Par voie de presse, cette détestation était relayée par une désinformation permanente destinée à détruire ma crédibilité. Philippe, un journaliste qui n’avait jamais su jouer au football était mon ennemi déclaré. Quand  il arrivait au milieu de sa clique, il affirmait :

– Le petit, je vais le déglinguer !

Il ne venait pas faire un compte-rendu de la rencontre, il venait régler des comptes à mon encontre au point qu’un jour, alors que je me trouvais dans le couloir qui menait aux vestiaires que j’avais l’outrecuidance de lui interdire, Philippe voulut me poser une question. Je l’interrompis et lui dis, les « yeux dans les yeux » :

– Je n’ai rien à te dire. Ce que tu fais je peux le faire demain, ce que je fais, tu ne peux même pas espérer le faire !

Il le savait : ma réputation de chroniqueur  dépassait largement la sienne. Mon Président voulait que je m’excuse, je ne l’ai jamais fait. Je n’en avais aucune envie, quitte à ce que ma réputation en souffre. Ce qui fut le cas pendant toute ma carrière.

J’étais en guerre avec tous les journalistes, à l’exception de deux qui me paraissaient réagir de façon objective. Je leur interdisais l’entrée des vestiaires à une époque où les conférences de presse d’après match n’étaient pas encore de mise. Philippe était rempli de haine à mon égard, et à force de ténacité il parvint à ses fins : me faire tomber alors même que Mon Président venait d’annoncer officiellement, par le biais d’un communiqué de presse, que tous les membres de son comité avaient décidé de renouveler mon mandat pour trois années supplémentaires « afin de mettre en application les théories convaincantes qui avaient déjà donné d’excellents résultats aux cours des mois et semaines passés.»

C’était dans tous les journaux et toute la ville était en effervescence. Mon sens de la diplomatie ne faisait guère l’unanimité au sein de la presse populaire qui « informait » des supporters que je ne choyais pas assez. Je dois concéder que je n’étais pas excellent sur le plan de la communication.

Après cette déclaration, les journalistes régionaux et ceux du Quotidien mitraillèrent Mon Président d’appels téléphoniques. Une semaine plus tard, sous prétexte que j’avais mis sur la touche, un des deux professionnels de l’équipe, il me convoqua et me précisa que le club ne pouvait avoir deux chefs. Il me pria donc de quitter l’équipe fanion en vociférant :

–  Le patron ici, c’est moi !

En une fraction de seconde, j’avais perdu trois litres de sueur. Jamais je n’avais été aussi trempé de ma vie : une vraie douche tiède ! Certes il souhaitait me conserver comme directeur sportif, mais mon ambition consistait à mener son équipe phare en division supérieure et non de rester dans l’ombre.

Extrait de la biographie en préparation : ‘Footballeur, Gay, Asperger’

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