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ALAN TURING, UNE BOMBE ASPERGER

Très tôt, le jeune Alan Turing montre déjà les signes de son génie. On relate qu’il apprit tout seul à lire en 3 semaines. De même, il montra une affinité précoce pour les chiffres et les énigmes.

À Marlborough College, l’enfant solitaire et introverti est confronté pour la première fois à des camarades plus âgés que lui et devient l’une de leurs têtes de turc.À 13 ans, il rejoint la Sherborne School. Dès son premier jour de classe, il se fit remarquer au point que la presse locale en rendit compte. En effet, alors que le jour de la rentrée est celui de la grève générale de 1926, le jeune Turing décide malgré tout de s’y rendre en bicyclette et parcourra donc les 90 km qui séparaient son domicile de son école.

Le penchant de Turing pour les sciences ne lui apporte aucun respect dans un environnement plus enclin à favoriser les disciplines classiques telles que la littérature, l’art ou encore la culture physique. Mais ceci n’a aucune espèce d’importance pour le jeune Alan, bien au contraire. Il continue de faire des prouesses dans les matières qu’il dévore, résolvant d’ailleurs des problèmes très ardus pour un garçon de son âge.

En 1927, pensionnaire à la Sherborne School, Turing se lie passionnément à Christopher Morcom, également passionné de sciences et de mathématiques. En 1930, son ami Morcom décède suite d’une tuberculose bovine qui tourne mal. Bien qu’athée, Turing n’admettra jamais le décès d’un esprit aussi brillant et qui restera d’ailleurs à jamais l’ami de sa vie. Persuadé que l’esprit de Christopher Morcom existe toujours, Turing décide d’incarner le destin scientifique qu’il estime lui devoir.

En 1928, à peine âgé de 16 ans, il découvre les travaux d’Albert Einstein et comprend que ces derniers remettent en cause les axiomes d’Euclide et les lois de la mécanique céleste de Galilée et Newton, à partir d’un texte de vulgarisation où ces conséquences ne sont pas indiquées explicitement.

À cause de son manque d’enthousiasme à travailler autant dans les matières classiques que dans les matières scientifiques, Turing échoue à plusieurs examens au point que sa demande d’entrée au Trinity Collège se voit refusée. Il devra dès lors se contenter du King’s College de l’université de Cambridge.

 Il étudie de 1931 à 1934 sous la direction de Godfrey Harold Hardy, suivant des cours d’Arthur Eddington ou encore de Max Newman, qui l’initie à la logique mathématique. En 1935, Turing est élu fellow du King’s College, suite à sa démonstration du Théorème central limite qui prouve l’omniprésence d’une loi naturelle qui lie les grands phénomènes à l’addition d’une multiplication des petites perturbations aléatoires.

En 1928, l’Allemand David Hilbert énonce le problème de la décision en demandant s’il est possible de trouver une méthode « prévisible » pour décider si une proposition est démontrable. Pour résoudre ce problème, il faut caractériser ce qu’est un procédé effectivement calculable. C’est ce que fait Turing dans son remarquable article de 1936, On Computable Numbers, with an Application to the Entscheidungsproblem” en imaginant, non une machine matérielle, mais un « être calculant », qui peut être indifféremment un appareil logique très simple ou un humain bien discipliné appliquant des règles simples et régulières. En fait, il imaginait déjà les concepts de programmation qui lui permettront de décrypter « Enigma » et qui déboucheront, plus tard, sur la production d’ordinateurs qui sont aujourd’hui devenus incontournables.

Fin 1938, après les accords de Munich, la Grande-Bretagne comprend enfin que le nazisme est une menace, et commence à se réarmer. Turing fait partie des jeunes cerveaux appelés à suivre des cours de chiffre et de cryptanalyse à la Government Code and Cypher School (GC&CS). Juste avant la déclaration de guerre, Turin rejoint le centre secret de la GC&CS à Bletchley Park. Il y est affecté aux équipes chargées du déchiffrage de la machine « Enigma » utilisée par les forces armées allemandes.

Turing participe aux recherches qui permettent de pénétrer les réseaux de l’armée de terre et de l’aviation. Il conçoit des méthodes mathématiques et des versions améliorées de la « Bombe » polonaise, machine électromécanique permettant d’essayer rapidement des ensembles de clés potentielles sur des blocs de communication d’ « Enigma ». Une fois l’affaire lancée, Turing prend la tête de l’équipe chargée de trouver les clés beaucoup plus hermétiques des réseaux de l’ « Enigma » navale.

Plus générale, l’approche de Turing transforme la cryptanalyse de technique élaborée en une branche des mathématiques. Il ne s’agit plus de deviner un réglage choisi parmi 159 milliards de milliards de réglages disponibles, mais de mettre en œuvre une logique fondée sur la connaissance du fonctionnement interne de la machine « Enigma » et d’exploiter les imprudences des chiffreurs allemands.

C’est alors que Turing rédige la première spécification d’une machine électromécanique capable d’abattre quotidiennement le travail de dix mille personnes. Turing et Knox mènent leurs travaux à Bletchley Park, principal site de décryptage du Royaume-Uni, le Government Code and Cypher School (GC&CS).

Durant le printemps 1941, Alan se rapproche de Joan Clarke, une des rares femmes cryptologues à Bletchley Park. Malgré un amour platonique qui ne dépasse jamais l’amitié, il se fiance avec elle par devoir social vu que les parents de Joan Clarke lui demandent de se marier. Par honnêteté, Turing rompt les fiançailles durant l’été après lui avoir révélé son homosexualité. Malgré cela et le dépit de son amie, leurs relations resteront excellentes jusqu’à la fin de leur vie.

Quelques semaines à peine après son arrivée à Bletchley Park, Turing rédige les spécifications d’une machine électromécanique plus efficace que la bomba polonaise. La bombe de Turing, une fois fabriquée par les ingénieurs de la British Tabulating Company, est l’outil fondamental le plus automatisé de l’attaque des messages chiffrés par « Enigma ».

Au moyen d’un fragment probable de texte en clair, la bombe recherche les réglages corrects possibles utilisés pour 24 heures par chaque réseau allemand (ordre des rotors, réglages des rotors et enfichage du tableau de connexions). Pour chaque réglage possible des rotors, la bombe effectue électriquement une chaîne de déductions logiques fondées sur les mots probables. À chaque occurrence d’une contradiction, la bombe écarte ce réglage et passe au suivant. La plupart des réglages essayés provoquent des contradictions, ils sont alors rejetés et ceux qui restent, peu nombreux, sont alors examinés de près.

Pendant presque toute la durée de la guerre, ce procédé permet de déchiffrer les messages « Enigma » de la Luftwaffe dont les chiffreurs multiplient les négligences. Comme l’aviation coopère étroitement avec les armées de mer et de terre, la GC&CS obtient par ce biais des renseignements sur l’ensemble des activités de la Wehrmacht.

Affecté à la « Hut 8 » (bâtiment préfabriqué no 8), Turing décide de traiter un problème autrement difficile, la cryptanalyse d’ « Enigma » navale : « Parce que personne d’autre ne s’en occupait et que je pouvais l’avoir pour moi tout seul ». Cependant, les chiffreurs de la Kriegsmarine, en particulier les sous-mariniers, appliquent sans faille toutes les consignes de sécurité. Les messages de l’ « Enigma » navale ne sont décryptés que pendant les périodes couvertes par les manuels ou grâce aux feuilles de bigrammes capturés par les Alliés.

Finalement, c’est l’extraordinaire puissance de la combinaison des centaines de « bombes » construites grâce aux moyens de l’industrie américaine qui permettra de percer finalement les secrets de l’ « Enigma » navale, notamment ceux de la Kriegsmarine et des U-Boot.

À partir de la fin 1943, les sous-marins allemands auront été pour l’essentiel détruits ou chassés de l’Atlantique-Nord par la puissance des marines de guerre alliées. Le 6 juin 1944, le débarquement des troupes alliées préfigure la fin de la folie meurtrière d’Hitler.

Alan Turing fut un héros inconnu, mais fondamental comme en témoigne Hugh Alexander, son adjoint auquel Turing déléguait une direction de la « Hut8 » qu’il n’a jamais souhaité assumer pour ne pas perdre de temps dans des fonctions administratives et protocolaires : « « Il n’est pas permis de douter que les travaux de Turing furent le facteur le plus important du succès de la « Hut 8 ». Au départ, il fut le seul cryptographe à penser que le problème valait d’être abordé et non seulement lui revient le mérite de l’essentiel du travail théorique de la « Hut 8 » qu’il partagea d’ailleurs avec tous ses collaborateurs. Il est toujours difficile de dire que tel ou tel est absolument indispensable, mais si quelqu’un fut indispensable à la « Hut8 », ce fut Turing. Le travail de pionnier tend toujours à être oublié quand par la suite tout paraît plus facile, sous l’effet de l’expérience et de la routine. »

Lors des célébrations qui suivirent la victoire, le personnel de Bletchley Park recevra consigne de garder le secret sur toutes leurs activités en vertu du Secret Act. Ses héros resteront longtemps méconnus jusqu’à ce que Alan Turing, ostracisé pour son homosexualité, soit gracié par la Reine Elisabeth II le 24 décembre 2013, après qu’il fut enfin admis publiquement que « sa condamnation était injuste et discriminatoire ».

Source : tiré en grande partie de Wikipedia

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